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Restons amis ? … Ou pas !

Il y a quelques mois, je vous parlais de cette relation pansement qui n’en était pas vraiment une à mes yeux. À cette période, je m’étais auto-convaincue que cette histoire méritait une issue positive. J’avais d’ailleurs décidé de rester amie avec cette personne qui avait joué un rôle clé dans mon deuil post-séparation. Parce que l’avoir comme ami était mieux que rien, parce que je portais un intérêt particulier à son avis et à nos conversations, parce que je me satisfaisais d’être présente pour lui lorsqu’il en avait besoin. Je n’étais de toute évidence pas son idéal de relation affective mais j’étais de bonne écoute… et ses confidences m’ont un temps donné l’impression d’avoir encore une place dans sa vie, une place d’amie, celle que j’avais demandé. Jusqu’au jour où j’ai réalisé que, malgré toute la volonté que j’y mettais, je ne pouvais pas être son amie. Si je l’ai su immédiatement, c’est parce que j’ai deux meilleurs amis masculins. Lorsqu’ils se confient à moi à propos de leur couple, de leurs rencontres, de leurs sentiments… j’ai pour objectif d’être à l’écoute, de les conseiller et les aider à tendre vers une certaine forme de bien-être. J’en tire une réelle satisfaction car leur bonheur fait le miens. Ce vendredi là, lorsqu’il s’est assis en face de moi pour m’annoncer qu’il avait trouvé quelqu’un, j’ai réalisé à quel point je m’étais voilée la face. Je l’ai écouté, je l’ai conseillé … bref, j’ai fais ce que j’ai toujours fais. Mais quelque chose clochait : je n’étais pas heureuse pour lui.

Le jour même j’avais enfin trouvé le courage de faire ce que j’aurais dû quelques mois auparavant : couper les ponts. Alors je lui ai dit la vérité, enfin. Je lui ai dit que j’avais souffert après lui, que je me sentais ridicule d’avoir mis quatre mois à me remettre d’une amourette de deux semaines, que je pensais pouvoir être l’amie et la confidente mais que je me mentirais à moi-même si je lui disais que ça ne me faisait pas souffrir. Ça allait tant que nous parlions de la pluie et du beau temps. Mais entendre qu’il avait rencontré quelqu’un qui le rendait heureux me rappelait à mon mal-être. Toutes les explications rationnelles et logiques liées à l’échec de cette relation naissante tombaient à l’eau. Ce n’était pas une question de timing, ce n’était pas une question de peur de l’engagement ou de peur de se faire du mal. Tout était faux, il n’y avait qu’une réalité : je n’étais pas la personne pour lui. Je lui en voulais presque de ne pas l’avoir verbalisé, de ne pas m’avoir dit « ça ne fonctionne pas pour moi » et de s’être caché derrière un « j’ai peur de te blesser ». J’aurais préféré qu’il assume, qu’il n’essaye pas de me convaincre de partir de moi-même pour ne pas avoir à me le dire. J’étais restée dans le doute de ce qui aurait pu être pendant des semaines. « Et si je l’avais croisé à un autre moment de ma vie », « et si je n’avais pas posé cette question »…. Sauf que pour elle il était prêt. Prêt à faire une croix sur son passé, prêt à prendre des risques… ceux qu’on prend par amour. J’avais toutes les réponses qu’il me fallait désormais et plus d’excuses pour vouloir le garder dans ma vie. Lorsqu’il m’a demandé pourquoi je ne lui en avais pas parlé avant, je me suis sentie idiote. Je ne pouvais pas lui dire que j’avais espéré jusque là qu’on retrouve au travers de notre amitié ce qu’on avait au départ : quelque chose de simple et de bienveillant. Et tandis que l’expression sur son visage me prouvait à quel point il était loin de se douter de ce que j’avais traversé entre temps, j’entame un second deuil : celui d’une amitié qui aurait dû en rester une. Sortir volontairement quelqu’un qu’on aime de sa vie, c’est se faire violence avec une rare intensité. C’est parfois aussi réaliser que c’est ce qu’on pouvait faire de mieux pour avancer. J’étais triste mais j’étais fière car pour la première fois j’ai fais de moi ma priorité. Ce jour-là j’ai senti se reconstruire cette carapace émotionnelle qui s’était quelque peu effritée. Ce qui était censé m’effrayer m’a en réalité rassuré … j’étais en train de devenir émotionnellement hermétique.

Plus j’en parle autour de moi, plus je réalise que la situation est finalement commune. Deux personnes qui se rencontrent …une euphorie de départ…l’une qui s’attache de façon inattendue et l’autre qui fuit car il manque quelque chose. C’est nul, c’est douloureux, c’est illogique mais c’est la vie. Mettre un terme à cette relation de façon temporaire ou définitive m’a mis face à une vérité que je ne voulais pas voir jusque là : cette relation était aussi une énorme distraction. Désormais je ne pouvais plus faire semblant de ne pas voir le réel obstacle qui se dressait face à moi : accepter d’être seule.

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Mon deuil commence où ta peine s’efface.

Ma rupture a de particulier qu’elle prend place au beau milieu de mon cercle social. Celui que j’ai construit à mesure du temps avec lui. Mes amis ne sont pas plus les miens que les siens et inversement, ses amis sont tout autant les miens. Le problème quand vous avez autant de respect que d’amertume envers votre ex, c’est que vous êtes constamment partagé entre l’envie de maintenir un climat d’entente et tout faire pour l’éjecter de votre quotidien. Dans notre cas, c’était clair au départ et ce malgré toute la douleur et la rage en nous : il était impossible de faire exploser notre vie sociale de la même façon que nous venions de le faire pour notre couple. De là, la décision consistait à ne rien changer si ce n’est notre statut amoureux. Malheureusement, ne rien changer signifie en réalité ne plus pouvoir voir autre chose que ce qui a changé. Ne rien voir d’autre que lui et la distance qui règne à présent. Ne rien voir d’autre que nous, passant d’amants à amis avec une facilité déconcertante. Tellement de facilité qu’il était très clair que si c’était si simple, c’était parce que nous étions tous les deux poussés par un besoin commun : garder l’autre dans notre vie. En réalité rien n’était simple, c’était juste rassurant. Rassurant de savoir qu’il allait bien et rassurant de savoir qu’il allait mal. Voilà la vérité qu’on ne s’avoue pas tout de suite après une rupture. Le lien et l’amour qui perdure au-delà de la séparation vous fait espérer qu’il ira mieux, qu’il sera heureux à nouveau. Mais la tristesse et la solitude qui vous a envahie des suites de cette même séparation, vous fait espérer qu’il ressente autant de peine que vous. Je me suis longtemps haïe de m’être admis ça à moi-même. Car que ce n’était pas qui j’étais et encore moins qui je voulais être. Parce que c’est moi qui était partie et que je n’avais pas le droit de lui souhaiter autre chose que de guérir vite et de m’oublier rapidement.

Mais je ne voulais pas qu’il m’oublie. Car cette histoire m’avait trop apporté. De la façon la plus égoïste qui soit, je voulais l’entendre dire qu’il ne regrettait rien de ce que nous avions vécu. Que sans nous il ne serait pas qui il est aujourd’hui, de la même façon que j’étais devenue deux fois la femme que j’étais à ses côtés. Il n’y avait rien de plus insupportable pour moi que de le voir souffrir et m’auto-convaincre que je n’étais plus la personne dont il avait besoin pour le relever. Il était finalement bien plus difficile pour moi d’abandonner ma place de confidente et de meilleure amie que de celle de la personne aimée.

De là, j’ai su. J’ai su que tant qu’il m’aimerait encore, je souffrirai un tout petit peu moins que lui. Car cette possibilité, aussi infime était elle, que je vienne un jour à regretter ma décision n’était pas totalement irréversible. Mais je savais aussi que j’avais bien trop d’amour et de respect pour lui pour le conforter ou le maintenir dans cet état. Je me suis donc fait la promesse à moi-même de ne jamais laisser entrevoir chez moi ne serait-ce que l’ombre d’un doute. Par n’importe quel moyen, il fallait que je le convainque qu’il n’y avait plus aucune chance et que la seule chose raisonnable à faire, c’était d’avancer. Je me suis alors préparée à ce jour où il cesserait de se battre. Cette phase d’acceptation qui serait si libératrice pour lui qu’elle en deviendrait dévastatrice pour moi. J’étais prête. Prête à accepter que mon deuil commencerait lorsque sa peine s’effacerait.

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Mon premier noël sans toi

Mon premier Noël sans toi :

Si vous êtes du genre à redevenir un enfant de cinq ans lorsque vient la période de Noël et à sautiller d’un bout à l’autre de la pièce des étoiles dans les yeux, alors vous faites probablement partie des personnes qui m’ont le plus agacé en ce décembre 2018 ! Trêve de plaisanterie, ces dernières années j’avais appris ce qu’étaient réellement les valeurs de cette fête un peu spéciale. Le matérialisme avait peu à peu laissé place à la convivialité dans mon esprit, à mesure que la famille s’enrichissait de nos « pièces rapportées ». J’avais aussi appris à apprécier l’ambiance chaleureuse d’un noël passé à 30 autour d’une table commune. Ces noëls où ont est chaque année un peu plus nombreux, où l’on fête un bébé de plus, où on prend autant de plaisir à dormir dans des lits superposés que quand on avait 10 ans. Ces noëls qui prennent des airs de nouvel an et qui se terminent à quatre heure du matin autour d’une tisane et d’un débat houleux. J’avais appris à aimer ce que je n’avais jamais connu en grandissant. Si ce fut si douloureux pour moi de fêter noël sept mois après ma rupture, c’est parce que c’est le genre de période où l’on se surprend à chérir vraiment les gens qu’on aime. Les années précédentes, qu’importe les difficultés traversées, ce moment était de ceux qui demeuraient magiques. Partager sa vie avec quelqu’un c’est aussi partager une éducation, un univers, une famille. Dans mon cas, ma belle famille m’avait vu grandir et évoluer main dans la main avec leur fils. Bien avant de porter sur nous un regard d’adultes, ils ont porté sur nous un regard de parents. Fêter noël sans eux, c’était mettre le doigt sur tout ce que j’avais perdu. Peu importe à quel point j’avais envie de me concentrer sur tout l’amour qui régnait au sein de ma propre famille, je n’ai vu qu’un couvert manquant à table et une chaussette en moins sous le sapin. Je ne me suis pas agacée des 10 gosses surexcités le matin de noël alors qu’on décuve encore du réveillon. Je n’ai pas vu ce regard qui dit « comme tu me connais bien » à l’ouverture des cadeaux. Je n’ai pas vu portée sur nous toute la fierté résidant habituellement dans les yeux des beaux parents, de voir que leur fils semblait heureux l’espace d’un instant. Je pense aujourd’hui pouvoir assez aisément dire que cette période fut l’une des plus difficile pour moi post-rupture amoureuse. Et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, notre date d’anniversaire m’est tombée dessus dans la foulée, comme une grande claque dans la figure.

En janvier, ça aurait fait sept ans que nous étions ensemble. C’est là que résidait habituellement toute ma fierté. Pouvoir me dire que malgré tout ce qui n’allait pas dans notre couple, nous avions toujours eu l’énergie et l’envie suffisante pour nous battre encore. Que nous avions à nous deux suffisamment de force et d’amour l’un pour l’autre que notre couple tenait encore debout malgré tous les pronostics défavorables. Et puis un beau jour, le temps à fini par avoir raison de nous. J’aurais voulu ne pas voir sa comme un échec mais pour moi, s’en est un. J’aimais l’idée que nous fêterions nos dix ans ensemble l’année de nos vingt-six ans. J’aimais l’idée que nous puissions raconter un jour à nos enfants que nous n’avions rien connu d’autre que l’un l’autre. J’aimais même l’idée que nos amis ne se posent aucune question quant à notre avenir ensemble, que nous soyons devenus une sorte d’institution ou d’évidence.

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La relation pansement

La relation pansement :

Au cours de votre vie, vous aurez très probablement déjà entendu parler de la fameuse « relation pansement » qui intervient parfois entre une rupture et la prochaine relation sérieuse. Pour ma part, j’ai longtemps essayé de déterminer si c’est cela que j’ai vécu ou non. Une séparation anéantie temporairement toute pensée positive et parfois même une partie de votre confiance en vous. Elle vous plonge dans une spirale déprimante qui fait perdre du goût à votre quotidien. Et puis un jour vous croisez la route d’une personne auprès de laquelle vous vous sentez à bien. Le contraste est souvent si important que tout est décuplé, y compris vos ressentis. Cette relation est souvent dangereuse car vous n’êtes pas tout à fait remis de votre blessure ce qui vous rend par définition plus fragile. Ce qu’on ne vous dit pas c’est que ces épreuves vous rendent aussi plus à fleur de peau, moins objectif. Cet état de bien-être que procure les débuts d’une relation affective arrive comme un verre d’eau après la traversée du désert. Prudence, cela pourrait vous donner l’impression que la personne que vous venez de rencontrer est celle avec qui vous auriez toujours dû être car vous avez l’impression de ne jamais avoir été aussi bien. La vérité c’est que vous venez de traverser une période qui a mis vos nerfs à rude épreuve et vous avez trouvé une bouée au milieu de l’océan à laquelle vous accrocher. Dans certains cas, cette relation se nourrira de toute cette positivité et grandira pour devenir une base solide et durable. Dans d’autres cas ladite relation ne prend pas réellement le tournant espéré et vous perdez votre bouée de sauvetage. Vous vous noyez à nouveau et avez l’impression d’aller encore moins bien qu’avant. Vous regrettez d’avoir baissé la garde, vous ne comprenez pas comment vous avez pu vous infliger cela à nouveau.

Je parle bien sur d’expérience puisque dans mon cas, j’ai réalisé trop tard que la relation qui a suivie ma rupture n’était pas qu’une relation pansement à mes yeux. J’avais été sans m’en rendre compte la relation pansement de quelqu’un d’autre. Oui, la vie n’est pas toujours bien faite, parfois deux personnes ayant des passés sentimentaux complexes se rapprochent l’une de l’autre car elles se sentent comprises, se rejoignent dans leur peine. Le risque c’est de devenir l’anti-dépresseur de l’autre puis de retomber malade en son absence. Si comme moi vous avez pris une claque lors de votre rupture puis un revers dans la foulée avec le suivant, tentez de vous concentrer sur le positif, même lorsque c’est difficile. Vous avez appris des choses essentielles au cours de cette relation : vous êtes capable d’aimer encore alors que vous étiez persuadé qu’il faudrait des années à votre cœur pour se remettre de tant d’émotions. Vous pouvez encaisser beaucoup plus de choses que vous ne pensiez. Vous avez compris que la seule personne qui peut être un allié sur le long-terme dans votre processus de guérison, c’est vous. Alors oui, vous avez un peu l’impression que l’on vous a mis sous le nez une friandise pour vous la retirer avant même que vous n’ayez eu le temps de la gouter. Vous pensez que cette relation a juste eu le mérite de vous rappeler à quel point il est agréable de s’endormir à nouveau dans les bras de quelqu’un avant de vous laisser à nouveau seul avec vos pensées. Il n’y a pas de secret pour mieux encaisser cette période si ce n’est de vivre le moment présent. Se concentrer sur tout ce qui va bien dans votre vie, sur ceux qui sont encore présents, pas ceux qui sont absents.

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Un long chemin vers la guérison

Un long chemin vers la guérison :

Interminable. C’est ainsi que je définis cette période de latence extrême entre la rupture et la guérison. A vrai dire c’est assez simple : à chaque fois que j’ai l’impression d’aller mieux, je retombe deux étages plus bas au prochain virage. Cet état de déprime constante est fatigante et prend le dessus sur à peu près tout le reste dans ma vie. Je m’agace et me visualise moi-même entrain de me mettre de grandes claques. Qu’importe la volonté que je mets à tenter de me réveiller de ce cauchemar, il semblerait que je rêve éveillé. Sept mois ce sont écoulés depuis ma séparation. Mon moi intérieur me hurle de me secouer tandis que je fais le constat amer de mon état de déchéance. Le problème est qu’à ce moment même où je perds patience, mon entourage aussi. Comment leur en vouloir. Ils voudraient que j’aille bien. Ils souhaitent qu’enfin, après toute l’énergie dépensée à tenter de me relever, je leur annonce ma rémission ferme et définitive. Sauf que ce serait bien trop simple…

C’est ainsi que deux mondes entrent en conflit : le plan d’action versus la réalité. Mon plan a toujours été simple en cas de coup dur sentimental, qu’il s’agisse d’amour ou d’amitié. Passé le stade du choc, je m’impose une règle de 48 heures. 24 heure pour être triste et 24 heures pour être en colère. Au-delà de cette période, j’avance. Sur papier et me connaissant, j’en étais capable et je l’avais déjà prouvé. Ce que je n’avais pas anticipé c’est que ce genre de règle stupide donnerait suite à des rechutes douloureuses. Contraindre le temps dont j’avais besoin pour guérir à deux jours alimentait en réalité ce qui est devenu une véritable bombe à retardement. Je sens venir l’explosion et je sais qu’il y aurait du dommage collatéral. Malheureusement, je sais aussi que ce sont les personnes les plus proches qui subiront en premier lieu les conséquences de la détonation. À ce moment précis je n’ai donc qu’une priorité : les mettre à l’abri. Je sais que pour le moment ils ne comprennent pas les raisons pour lesquelles je les pousse à prendre leur distances mais ils ne voient pas venir ce qui pour moi est tellement évident. Ils ne sentent pas arriver à grand pas ce qui n’est autre qu’une rage immense, une énorme boule de haine. Une colère constante et fulgurante que plus rien n’arrête. Cette rage est dévastatrice tant pour moi que pour mon entourage mais je sais pertinemment que c’est cette même rage qui me permettra de vaincre. Qu’elle soit positive ou négative il s’agit bien là d’une énergie. Qu’importe la forme qu’elle prend, elle existe. Plus que jamais je pars à la recherche de quelque chose pour la canaliser. Je suis déterminée à ce que quelque chose de bon sorte de tout ce cirque sentimental. La moindre petit victoire ferait l’affaire à ce stade.

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Crédits image : Noémie Cédille

Entre échappatoire et addiction

Un échappatoire oui, une addiction non :

J’ai longtemps cru que ce qui me définissait le mieux en cas de coup dur, c’était cette capacité à ne rien montrer, à tout garder à l’intérieur. En réalité, plus j’observe mon entourage, plus je réalise que personne ne garde réellement la peine et la haine enfouie au fond de soi. C’est simplement que pour beaucoup, ces sentiments ne sont traduits ni par les mots, ni par les larmes. La partie émergée de l’iceberg est plus visible pour certains que pour d’autres. Suivant la même logique, la partie immergée est un danger invisible que nul ne voit vraiment venir.

Extérioriser ses sentiments et le faire de façon pleinement assumée est une capacité qui n’est pas donnée à tout le monde. On pense à tort que se laisser aller à ses émotions est un aveu de faiblesse … c’est pourtant l’une des plus grandes forces que l’on puisse posséder. A l’inverse, notre capacité parfois inconsciente à internaliser les ressentis ou à  nier leur existence nous fait parfois oublier que le corps et le cerveau humain sont des machines complexes et puissantes. Si vous n’écoutez pas votre corps, il finira par vous faire entendre raison par lui-même.

Si je vous raconte tout ça c’est parce que pour la première fois de ma vie j’ai cru comprendre à quel point il était aisé de tomber dans le cercle vicieux de l’addiction. Par addiction j’entends quelque chose dont on ne peut pas se passer et qui n’est pourtant pas un besoin vital. On peut être addict à une relation, une sensation, un état émotionnel… L’addiction ne concerne pas toujours une substance d’ailleurs, ce n’est jamais réellement la substance dont on est dépendant mais de l’effet qu’elle a sur nous. Les sentiments amoureux sont à certains ce que l’alcool est pour d’autres. L’expression « ivre d’amour » prend tout son sens lorsqu’une relation s’écroule pour la première fois. Vous n’étiez pas ivre et pourtant, cette gueule de bois parait durer indéfiniment et la sensation de manque est bien présente. Les êtres humains sont plus susceptibles de développer une addiction au moment d’une crise existentielle qu’à n’importe quel autre moment de leur vie, du moins c’est ce que j’ai observé autour de moi. Bien souvent, on s’attache à la sensation qui se rapproche le plus cet état euphorique dans lequel nous met la sensation d’être aimé.e et d’aimer en retour. Dans mon cas et comme pour beaucoup d’autres, l’ébriété a temporairement fait illusion d’un mal-être plus profond. Lâcher-prise, perdre le contrôle, rire, danser, interagir librement, délier la parole … ce sont autant de choses que j’aurais voulu être capable de faire dans mon état primaire mais elles paraissaient tellement plus accessibles dans un état second. M’endormir enfin, pas de fatigue mais d’épuisement, cesser de réfléchir et de ressasser le passé, vivre le moment présent, ne jamais au grand jamais être seule avec mes pensées. Faire le tout en se cachant derrière l’excuse d’être jeune et de n’avoir qu’une vie. La voilà la première étape : accepter que jusqu’ici vous étiez dans le déni et que désormais, pour préserver votre corps, il faudra vous battre contre votre tête.

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Ce qui était, ce qui est et ce qui pourrait être

Ce qui était, ce qui est et ce qui pourrait être :

J’ai appris à mes dépends que la seule chose capable de faire aussi mal qu’une peine de cœur … c’est la suivante !

Très tôt après ma rupture, mon entourage s’est empressé de partager avec moi tout le positivisme dont ils savent faire preuve dans ces moments là. Comme souvent, la célèbre phrase « Un de perdu, dix de retrouvés » est devenue d’usage commun. Me concernant, il était bien entendu hors de question de laisser qui que ce soit entrer à nouveau dans ma vie avant que je ne puisse me reconstruire totalement. Je n’en avais ni le besoin, ni l’envie. Mais le cœur à ses raisons que la raison ignore et me revoilà, trois mois à peine après ma séparation, m’amourachant lentement d’un inconnu. Déterminée à ne penser qu’à moi, l’idée de m’abandonner à nouveau aux bras d’un homme me terrifiait. Mais je décide cette fois de faire confiance au hasard et de lâcher prise. Après tout, si j’avais appris une chose de ma relation précédente, c’était que vouloir tout contrôler ôtait aux relations humaines la spontanéité dont elles avaient besoin pour devenir des histoires passionnelles. Et c’est ainsi que je découvris une facette de moi que je ne connaissais pas. Tandis que je réalise lentement que je suis capable d’aimer à nouveau, je tente aussi d’accepter d’être vulnérable. À mesure que s’écoulent les semaines, ma tête supplie mon cœur de rester sur ses gardes. Et pourtant, les barrières que je m’étais fixées s’effondrent une par une et bientôt, ma carapace émotionnelle vol en éclats. Je ne me reconnais plus, tout est si simple avec lui que je me risque à penser à demain mais notre relation n’existe qu’à l’intérieur de cette bulle fragile que nous avons construite. Je tente de vivre l’instant présent comme il le fait si bien mais la peur de le voir sortir de ma vie aussi rapidement qu’il y est entré prend le dessus sur ma volonté. Alors j’ai fais ce que je fais de mieux : j’ai transformé le simple en compliqué. J’ai posé trop tôt des questions auxquelles il n’avait pas les réponses. J’avais besoin de savoir si j’étais pour lui l’évidence qu’il était pour moi. Le verdict a eu l’effet d’un coup de masse. Nous n’existions pour personne d’autre que nous même et poussés par notre envie mutuelle de ne pas se faire de mal, nous venions de mettre fin à une histoire qui n’avait jamais commencé.

La gifle en plein visage aura eu le mérite de m’apprendre une chose : la durée d’une relation n’est pas la seule caractéristique à prendre en compte lorsqu’on tente de se remettre d’une rupture. L’intensité de ladite relation est tout autant si pas plus handicapante pour avancer. Ma première séparation m’avait tué à petit feu. Une douce souffrance, constante et lancinante, qui aura eu raison d’une belle histoire mais qui aura eu l’avantage de me préparer inconsciemment à ce qui allait arriver. Cette seconde peine de cœur m’infligeait une sensation qui m’était jusqu’alors totalement inconnue. Une frustration si intense qu’il m’était impossible de l’ignorer plus de quelques heures de suite. Un arrière goût d’inachevé, comme si j’étais restée bloquée entre ce qui était et ce qui pourrait être, ne pouvant pour autant nier ce qui était réellement.

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Vous êtes votre propre héro

Vous êtes votre propre héros :

Avouez-le, vous avez souvent pensé que si un jour vous veniez à annoncer à vos meilleures amies de toujours que vous vous sépariez de votre homme, elles seraient le socle sur lequel vous pourriez vous appuyer pour vous reconstruire. Et bien dans mon cas, les premiers mots de mes amies m’ont réellement laissé pensé que je pourrais compter sur elles, quoi qu’il se passe. Sauf que la suite est toute autre et qu’il y a un gouffre entre ce que vous disent les gens pour vous rassurer et ce qu’ils sont réellement capables de vous donner. Je n’ai personnellement jamais été très encline à partager les détails de mes ressentis et autres émotions. C’est probablement pour cette même raison que je n’aurais pas du m’attendre à ce qu’on me pose des questions sur ma rupture ou qu’on me demande comment j’allais. Réaliser que la vie continue pour votre entourage, toute effrayante de banalité qu’elle est, est une première claque en plein visage à la suite d’une séparation. Ce moment où vous réalisez que la seule personne qui peut ne serait-ce que s’approcher de ce que vous ressentez en ce moment même, c’est votre ex. Voilà une autre perspective effrayante : la personne que vous tenez responsable de tous vos maux à l’instant T est aussi celle à qui vous avez envie de dire ce que vous ressentez. Parce que c’est beaucoup plus simple de ne pas avoir à tout ré-expliquer, à entrer dans des détails sordides, douloureux… Parce que vous réalisez à ce même moment que la personne qui vous connaissait le plus sur cette terre est de toute évidence celle avec laquelle vous partagiez votre vie. Le résultat fut sans appel pour ma part ; je savais que parler à mon ex n’était pas une solution viable pour moi et d’autant plus douloureuse pour lui. Je savais que mes amies seraient à l’écoute mais leur silence jusqu’alors m’avait laissé entre amertume et paranoïa. Je savais que ma meilleure amie et colocataire était présente, à cent pour cent, mais j’avais peu à peu l’impression de la noyer avec moi dans mon aigreur. Mes parents quant à eux avaient aussi donné tout ce qu’ils pouvaient mais avaient leur propres problèmes à gérer. Le silence, voilà la solution qui a émané de mon analyse peu objective. Je savais pertinemment que le regard que je portais sur mon entourage était probablement biaisé par mes pensées négatives mais il paraissait si réel…

Comme dans tous les moments les plus sombres au cours de ma vie, j’étais mon ennemi le plus féroce. Ma tête plus particulièrement était un poids que je trainais à chaque étape, seul obstacle au lâcher-prise et probablement au bonheur, même temporaire. Il est 3:05 au petit matin, j’ai passé tout le début de ma nuit à broyer du noir et tandis que passent de longues minutes, j’étouffe en silence. Le poids de mes réflexions semblent s’accumuler sur ma poitrine, de plus en plus lourds, de plus en plus douloureux. Mes boyaux se tordent dans mon estomac m’empêchant bientôt de respirer. Je sais déjà que demain matin cette session ne me laissera qu’un vague souvenir, que personne ne saura car les mots ne viendront pas. Me voilà de nouveau confronté à mes angoisses, beaucoup plus puissantes encore que les fois précédentes. Exemple frappant du lien entre le corps et l’esprit, survenu en plein milieu d’une nuit qui n’a jamais vraiment commencé. Si vous pensez être invincible, si vous êtes de ceux qui croient qu’être fort c’est ne rien montrer, vous vous trompez. Vous êtes beaucoup plus faibles que ceux qui parlent. Vous êtes beaucoup plus vulnérables car l’arme qui vous menace vit en vous. Vous êtes tout comme moi une bombe à retardement. Qui plus est, en vous obstinant à voir votre incapacité à exprimer vos sentiments comme une force, vous contribuez à renforcer ce cliché au sein de votre société. Vos propres enfants grandirons probablement dans l’idée qu’être fort c’est ne pas pleurer, c’est ne rien montrer. Et quand viendra leur tour de tomber, ils lutteront contre leurs instincts primaires jusqu’à ce que leur corps les ramène à la raison. Voilà ce qui m’arrive : une crise d’angoisse. Pour la première fois je mets des mots sur ce phénomène qui me terrifie à l’heure où je me couche. L’espace de quelques minutes, parfois quelques heures, je m’imagine mourrir de chagrin au sens propre.

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Le célibat : Expectations versus Reality

Le célibat : expectation versus reality :

Je ne pense pas me tromper en disant qu’aucune personne ayant été en couple pendant plusieurs années n’a jamais imaginé ce que serait sa vie en étant célibataire. J’estime que c’est encore plus prononcé lorsqu’on n’a connu qu’une personne dans sa vie. Dans mon cas, mon ex était mon premier tout. Premier amour, première rapport sexuel … première rupture. Dès le départ de notre relation, l’idée oppressante qu’il viendrait un jour à regretter de n’avoir vécu plus intensément ses “jeunes années” me terrifiait. Je craignais qu’il ne se réveille un jour à trente ans, deux gosses et un prêt de maison sur les bras, en se disant qu’il fallait qu’il profite de sa vie me laissant seule et abandonnée. En ce qui me concernait, j’étais cependant très loin de ces préoccupations, n’ayant jamais douté de mes capacités à vivre avec mes choix. C’est aussi pour cette raison que la première fois que j’ai douté, j’ai su que quelque chose n’allait plus. Le simple fait que puisse me projeter dans le célibat, ce qu’il en serait, ce que pourrait être ma vie sans lui, était un indice inquiétant pour la suite. Une chose est certaine, ma vision du célibat n’avait certainement rien à voir avec celui que je vis actuellement : le célibat post-rupture-amoureuse.

J’ai cru être une femme forte et affirmée, capable d’assumer ses choix, sa vie sexuelle, ses envie et ses attirances. La réalité, c’est que lorsqu’on sort d’une relation de 6 ans, on ne sait plus réellement qui on est en temps qu’individu. Soudainement, on perd l’étiquette que nous avait attribué la société. De la même façon que je détestais n’être que “la copine de …” pour certaines personnes, je déteste encore plus n’être que “l’ex de …”. Me voilà donc techniquement célibataire sauf que je me sens tout sauf ça. J’agis, je parle, je pense et je réfléchis encore comme la moitié d’un tout. Toute la liberté que m’offre le célibat est finalement effrayante. Finalement, ce qui fait peur dans tout ça, c’est l’inconnu. Ah l’inconnu… ce grand ami ! Un doux mélange de mystère et d’horreur. Il prend la forme de l’infini champs des possibilités qui s’offrent à vous mais il vous met aussi face à tous les choix que vous pensiez avoir fait pour votre couple quand réellement c’était pour vous. Etre célibataire c’est se retrouver face à sa propre réalité. Soudainement, on prend ses décisions seul et en accord avec soi-même. On réalise aussi que, confronté à l’immensité de l’inconnu, on ne fait pas nécessairement les choix que l’on pensait faire. S’ouvrir au monde extérieur suit la même logique. Mon coeur me hurle d’expérimenter, de perdre le contrôle, de me lâcher, d’échanger. Mais ma tête à la main mise sur tous mes gestes et chacun de mes mots, adoptant méthodiquement le même comportement que lorsque j’étais en couple : sérieuse, à l’écoute, sage, carré, dans le contrôle. J’ai alors réalisé que, bien avant de pouvoir mener la vie de célibataire comme je l’entends, j’allais devoir repartir à la conquête de qui je suis. Moi, Olivia, jeune femme de 23 ans en couple depuis ses 17 ans.

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Noémie Cédille - Instants botaniques

 » Il faut que tu avances « 

“Il faut que tu avance” :

Je crois que cette phrase m’a marqué comme étant à la fois celle que j’ai le plus souvent entendu très rapidement après ma rupture et celle que j’ai le plus détesté. Je trouve que cela méritait que nous fassions un point. Soyons clair, j’aurais probablement été moi-même capable de dire ce genre de choses à une amie pour l’accompagner vers la guérison des suites d’une peine de coeur. Après l’avoir vécu je dois cependant avouer que mon avis a nettement évolué sur la question. Demander à quelqu’un qui vient de rompre d’avancer c’est comme demander à quelqu’un s’il n’a rien oublié avant de partir. La première proposition est une affirmation et l’autre une question mais le point commun sur lequel il est urgent de mettre le doigt c’est que votre interlocuteur n’a pas de contrôle sur cette situation donnée. Il ne peux pas répondre par la positive à votre demande puisqu’il n’a pas la réponse, ne peut rien vous promettre et fais simplement de son mieux. La semaine qui a suivi ma rupture, j’ai entendu la phrase “il faut que tu avances” environs une vingtaine de fois. Si je peux éviter cela à quelqu’un d’autre alors que dieu exauce mes prières. Vous diriez à une anorexique “il faut que tu mange ?”, si votre réponse est oui il est temps de vous interroger sur les relations de cause à effet. Encore une fois, vos proches arrivent avec les meilleures intentions du monde, déterminés à trouver des solutions plutôt qu’à demeurer dans une écoute qui peut leur donner une impression d’impuissance. Alors ils tentent de vous conseiller et avancer semble être une solution toute trouvée ! Le problème quand vous êtes de l’autre côté de cette conversation c’est que ce genre de phrase vous donner l’impression : 1. Que vous n’essayer pas d’avancer actuellement ou alors que vous le faite si mal que personne ne s’en rend compte. 2. Que c’est réellement la chose la plus simple du monde (bah oui quoi, il suffit de “penser positif” et puis roule tout seul … c’est vrai que trois jours après avoir jeté par la fenêtre 6 ans de relation on est plutôt dans un bon mood). 3. Que la personne en face de vous perd d’ores et déjà patience et insiste pour vous remettre sur pieds dans les délais les plus brefs afin qu’elle puisse retourner tranquillement à sa vie.
Soyons clair, la perception de la personne qui vient de subir la rupture est totalement non-objective et emplie de frustration à ce moment précis. La vraie intention de son interlocuteur ne correspond probablement à aucune des trois propositions et pourtant, c’est probablement ce ce que notre coeur brisé va entendre.

Si ça fait si peur d’avancer et que c’est l’étape qui prend probablement le plus de temps, c’est parce qu’avant d’aller de l’avant, il faut le vouloir. Se décider à avancer c’est accepter de laisser derrière soi tout espoir, même le plus infime, renonçant au positif comme au négatif émanant de ladite relation. Pour ma part, j’ai longtemps cru que prendre la décision de renoncer à mon couple en tant que tel c’était 80% du travail. Je me suis lourdement trompée. Prendre la décision c’est 50% du travail. Avancer représente la moitié restante. Dans mon cas, j’estime que c’est probablement dû au fait que la première étape est lié à ma tête – la raison – tandis que la seconde est liée au coeur – l’affect -. J’avais pourtant l’intime conviction qu’en ce qui me concerne, la tête était beaucoup plus difficile à dompter que le coeur. Mais le coeur à ses raisons que la raison ignore et, soudainement, cette expression lambda avait pris tout son sens. Lors de mes discussions avec mes proches, les mots sortent de ma bouche comme un automatisme : “je sais que c’est la meilleure décision pour moi” ; “le temps apaisera les peines” ; “je sais pourquoi je suis partie et je saurai me souvenir des raisons” … Si seulement mon coeur pouvait suivre ma tête une fois dans sa vie. Tandis que j’essaye d’avancer tant bien que mal, faisant fis de la douleur déchirante au creux de mon estomac, je suis constamment rattrapée par la peur paralysante des regrets.

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